Le trésor de l'abbé Saunière

Béranger Saunière, l’énigmatique curé de Rennes-le-Château






Pendant près de trente ans, les dépenses somptuaires de Béranger Saunière, modeste curé de Rennes-le-château, un petit village de l‘Aude ont défrayées la chronique. D’où provenaient les fonds de son train de vie fastueux? Avait-il trouvé un trésor?

En date du 1er février 1884, on peut lire sur le livre de comptes de Béranger Saunière, curé de Rennes-le-Château : « Je dois à Léontine 0,40F, à Alphonsine 1,65 F » Autant dire que sept ans après sa nomination dans ce petit village de ‘Aude, le prêtre dont les « fond secrets » se montent à 80,65F, tire le diable par la queue. La paroisse dont il a charge d’âmes est au bord du gouffre. La Maison de Dieu prend l’eau, les vitraux sont à terre, le presbytère inhabitable.
Né le 11 avril 1852 à Montazel dans la vallée de Couiza, cet enfant du pays a deux idées en tête : restaurer son église et par delà, la monarchie dont il se fait le défenseur impétueux comme en témoigne son prêche anti-républicain à la veille des législatives de 1885. Un discours politique musclé qui lui vaut la suppression immédiate par le préfet de l’Aude de son traitement pendant un an… et une donation de 3000 francs du parti royaliste par l’intermédiaire de la comtesse de Chambord. De quoi financer les premiers travaux de rénovation de son église paroissiale, Sainte Marie Madeleine, dont la dernière restauration remonte au XVII ème siècle. Il est temps. La chaire est vermoulue , le bénitier en pierre s’effondre et le maître autel rend l’âme.
1886. A peine les premiers travaux sont-ils commencés que l’abbé fait une étonnante découverte : des parchemins sont  dissimulés dans le pilier de bois qui soutient le maître autel. Ces pièces aujourd'hui disparues comprenaient d'après les dires de Saunière, un arbre généalogique de l’ascendance de Dagobert II signé par Blanche de Castille et des textes codés tirés de l’Evangile.

Dans l'excitation, l'abbé fait dégager la dalle située au pied du maître autel. Et à sa stupéfaction, deux cavaliers montant un même cheval apparaissent sur la partie contre terre de la pierre, tandis que cette même dalle se profile un escalier menant à une sépulture. Désireux garder pour lui seul le secret de ses étranges découvertes, l’abbé renvoie les maçons et les enfants de choeur venus lui prêter main forte. Saunière aurait-il trouvé un trésor? Les langues vont bon train. On parle de pièces d’or, de bijoux, d’objets précieux. Certains affirment même avoir vu Marie Denarnaud, sa servante avec laquelle l’abbé entretient des relations équivoques, porter une parure précieuse… Quelques jours après ces premières fouilles, l’abbé referme et scelle la sépulture tandis que dans son journal en date du 21 septembre 1891, l'homme d'église note sobrement « Découverte d’un tombeau, le soir, pluie. »
Dès lors, poursuivant frénétiquement ses recherches, Béranger ne connaît plus de repos. On le voit travailler tard dans la nuit dans son église sans laisser rentre âme qui vive. Fouiller le cimetière. Soulever des dallages.Tamiser la terre. Déplacer les croix. Placer les restes de ses paroissiens sans descendance dans un ossuaire. Ces étranges agissements inquiètent ses ouailles d’autant que le curé agit la nuit en compagnie de Marie Denarnaud. Que cherchent-ils? On les soupçonne d’avoir effacé les inscriptions de la dalle funéraire de Marie de Negri Dables, dame de Hautepoul. Car si on en croit la légende, cette dernière descendante de la noble maison de Hautepoul aurait confié la veille de sa mort, un secret à son confesseur lui demandant de ne le transmettre qu’à une personne digne de le revoir. .En gommant ces inscriptions de la pierre tombale, Saunière et sa comparse cherchent-ils à supprimer des indices?
Le Conseil municipal finit par s’émouvoir de la chose d’autant que le maire les surprend ouvrant une tombe dans le cimetière. Sous la menace d’être dénoncé au préfet, Saunière arrête les fouilles et se concentre sur la rénovation de son église dont l’embellissement lui vaut l’admiration de ses paroissiens. De nouveaux vitraux illuminent la nef. Un maître autel flambant neuf, un chemin de croix, un étrange bénitier supporté par un diable grimaçant prennent place dans la Maison de Dieu toute décorée dans le style flamboyant style saint sulpicien qui fait rage en cette fin du XIX ème siècle.. "Investi d’une mission divine", L'abbé réalise  son rêve. Dans cette époque où les pèlerinages de toutes sortes font recettes, sa paroisse peut rivaliser avec celle de Puivert et attirer les curistes de la station thermale de Rennes les Bains, toute proche.
Le 6 juin 1897 « l’inauguration » officielle de l’église Sainte Marie Madeleine par Monseigneur Félix Billard, évêque de Carcassonne, scelle le travail accompli de l’abbé. C'est alors que quelques temps plus tard, tout bascule. Saunière qui depuis quinze ans mène une vie besogneuse, discrète, dévouée corps et âme à sa paroisse, en vient à ne plus se soucier que de ses propres intérêts. En 1898, il achète au nom de Marie Denarnaud, un terrain en bordure des remparts de Rennes-le-Château, Rhedae, l'ancienne capitale du royaume wisigoth, sur lequel il fait construire une villa du nom de Béthanie (que plus tard il prétendra destiner aux prêtres du diocèse en retraite).
1901. Commencent d’importants travaux qui se poursuivront pendant huit ans. Vient une tour gothique avec un petit donjon crénelée. Baptisée Magdalena, elle abrite une bibliothèque en bois sculpté regroupant ses livres, ses collections de carte postales et quelques 100 000 timbres, puis un promenoir sur l’ancien chemin de ronde de l’ancienne place forte et un belvédère surplombant un extraordinaire panorama. Viennent une orangerie, un jardin d‘hiver, un petit parc exotique planté d’essences rares qu’investissent des paons, des singes et des cacatoès. Au dos des cartes postales que le curé vend aux visiteurs, il écrit « Ces oeuvres d’art ont pris la place des anciennes constructions meurtrières. Les hordes pacifiques ont remplacées les hordes guerrières.  Elle vont tout la haut admirer au milieu d’un cadre incomparable les prodigues d’un prêtre à l’âme artiste, aimant son église te sa paroisse ». Mais à quoi pense l'abbé?
Les dépenses de l’abbé s’envolent. Le domaine de Béranger Saunière affiche un air de paradis sur un train d’enfer. La vie fastueuse du curé qui a tendance à confondre les biens de l’Eglise avec les sienspropres, défie la chronique. Artistes, hommes politiques, francs-maçons, se pressent à sa table pour déguster du foie gras de canards engraissés au biscuits à la cuiller, des vins fins, des liqueurs et du rhum que le serviteur de Dieu fait venir directement de la Jamaïque et de la Martinique et dont la consommation atteint 70 litres par mois! Jean-Stéphane de Habsbourg, « Monsieur Guillaume" pour les gens de Rennes, figure parmi les intimes. Selon les rumeurs ce prince financerait les recherches de l’abbé dont le porte monnaie enfle à vue d’oeil...
Reste que le fabuleux train de vie paroissial de l’abbé commence à agacer sérieusement l’évêché. Monseigneur de Beauséjour, le nouvel évêque de Carcassonne, beaucoup moins tolérant que son prédécesseur demande comptes et explications à Saunière, qui accusé de « trafic de messes » fait la soude oreille. Ce qui a pour don d’irriter au plus au haut point Beauséjour qui mute l’insoumis à Coustouge, un petit village perdu au fin fond des Corbières. Mais coup de théâtre. Béranger démissionne de sa charge ecclésiastique et proclame haut et fort rester à Rennes où vient d’être nommé un tout nouveau curé, l’abbé Marty. Et tandis que le nouveau prêtre officie dans l’église paroissiale à trois quart vide, les paroissiens affluent dans la petite chapelle privée de la villa de l’abbé Saunière où il continue à dire la messe.
Le 17 janvier 1917, le coeur usé, Béranger Saunière s’écroule à la porte de la tour Magdalena, terrassé par une crise cardiaque. Son ami, l’abbé Rivière, curé de Couiza accourt à son chevet pour le confesser. Les heures passent. L’ultime dialogue avec Dieu n’en finit pas. Lorsqu’il ressort, Rivière est livide. Trois jours plus tard Béranger Saunière emporte dans sa tombe le secret de sa confession. .
Aujourd’hui l’église Sainte Marie Madeleine est nscrite à l'Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques pour son "caractère architectural et l'ensemble de son mobilier saint-sulpicien". 


Marianne Niermans